Un grand défi se présente à moi : écrire sur les voyages. Tout se bouscule quand je pense à partir. Par où commencer ? Je ne manque pas d’idées, au contraire, j’en ai trop. Je vogue d’états d’âme en conseils, de passion en réalité. Dans tout cet émoi, une chose me vient en tête : le retour.

Il est souvent question de s’en aller, mais je suis persuadée qu’on délaisse le « revenir », ce passage obligé qui cause énormément de remous.

Partir

Voyager. Une idée, un coup de tête, un projet. Certains en ont peur, d’autres en sont fous. L’un le fait pour se découvrir, l’autre pour prendre une pause. Voyager, c’est se confronter à soi-même dans un endroit sans repère ; c’est mettre à nu ses faiblesses et ses peurs. C’est atteindre ses limites ou les repousser. Mais voyager, c’est aussi se construire; des souvenirs, des réflexes, des relations, des images, des émotions. C’est se risquer dans un quotidien où les banalités deviennent vite des aventures. C’est se créer de nouvelles frontières. Des frontières que l’on dessine lentement, mais sûrement, sur sa propre carte du monde. Voyager, c’est mettre de la couleur dans ses zones grises. Et, revenir de tout ça peut parfois être déroutant.

Revenir

Revenir, c’est reprendre sa vie d’avant en laissant des gens derrière soi. C’est être perdu entre l’envie d’être ici ou là-bas. Ne plus trop comprendre la réalité dans laquelle on a remis les pieds, mais s’y repérer les yeux fermés. C’est avoir la vague impression que personne ne peut nous comprendre. Revenir, c’est accepter de vivre sans feux d’artifice, c’est comme descendre d’une montagne russe. Et c’est surtout rester malgré l’envie bien présente de repartir. Mais revenir, c’est aussi s’émerveiller devant ce que l’on a vu maintes et maintes fois. C’est donner une tout autre signification à ce que l’on connait. Être tout près de ceux qui ont toujours été là. Revenir, c’est retrouver son chemin sans carte. C’est laisser les images devenir floues, mais garder les souvenirs bien vivants. C’est laisser le temps changer de rythme; le laisser devenir plus lent, plus doux, plus morose.

Revenir, c’est être obligé de prendre le temps. Et ton défi à toi, il est là.