Je pense que c’est faux de dire que tout est toujours beau et merveilleux en voyage. Oui, des moments où les voyageurs ont des peurs et des craintes parfois.

Ça ne parait pas sur les photos Instagram, mais derrière les beaux paysages et les beaux portraits, il y a beaucoup de non-dits sur ce qui se passe sur ces terres étrangères.

En effet, il y a deux ans et demi de ça, j’ai décidé de partir en voyage du haut de mes 18 ans. J’en étais seulement qu’à mon deuxième voyage sur un autre continent, quand j’ai mis les pieds à Cape Town International Airport. C’était aussi mon premier voyage en solo.

Avant le jour J, je ne ressentais pas vraiment de crainte face à cette nouvelle aventure.  J’avais fait mes cherches sur le pays, j’avais lu la documentation concernant ma famille d’accueil, j’avais fait ma valise et j’avais, bien entendu, acheté mon billet d’avion. C’est seulement après avoir passé la sécurité à Pierre Eliot Trudeau que j’ai réalisé que je m’envolais vers l’Afrique du Sud pour de bon. Seule. C’est à ce moment-là qu’un petit doute s’est glissé dans mon esprit.

« Est-ce que je viens de faire une bêtise? C’est quoi l’idée d’aller passer le Nouvel An dans un autre pays? Est-ce qu’il fête le Nouvel An? Si je manque ma correspondance à Heathrow, je fais quoi? Est-ce que je vais me perdre dans les rues du pays? Est-ce que mon anglais est assez bon? Est-ce que je vais me faire voler mon sac à dos? Est-ce que je vais rencontrer des gens sympathiques? Est-ce que je vais être seule souvent? Est-ce que je vais être capable de m’adapter à la culture? Est-ce que je vais être confrontée au racisme? Je fais quoi dans ce cas? Est-ce que c’est sécuritaire tout ça? »

En fait, je n’avais pas vraiment peur d’être seule et je n’avais pas vraiment peur de rencontrer de nouvelles personnes. Mais, j’avais peur de quoi?

C’est en arrivant au pays que j’ai saisi.

L’Afrique du Sud a élu son premier black president Nelson Mandela en 1994 et a aboli au même moment l’apartheid. L’histoire et la culture sud-africaine sont ce qui rend ce pays si intéressant et si intrigant. Malgré le progrès que ce pays a connu depuis le 21e siècle concernant les droits de la personne, il y avait encore beaucoup d’inégalités sociales quand j’y étais en 2014.

Les coloured people  sont nombreux à vivre dans la pauvreté tandis que les white people sont plus privilégiés.  Les coloured people  vivent dans les townships  tandis que les white people  dans des résidences privées. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même bateau, mais c’est en grande partie comme ça.  Contrairement à la culture occidentale, la femme a un rôle bien défini en Afrique du Sud. Elle est responsable de la maison tandis que l’homme travaille à l’extérieur pour rapporter de l’argent. Certaines femmes travaillent dans des usines, mais c’est très rare.

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Tranche de vie

Lors de mon séjour, j’habitais avec une famille de coloured people de classe moyenne.  Dans la chambre que je partageais avec une autre voyageuse, à l’extérieur de nos fenêtres, il y avait des barreaux du style cellules de prison pour empêcher les bandits de rentrer dans la maison. C’est assez commun en Afrique du Sud d’avoir des barreaux ou des grillages sur les portes (même pour les portes de chambre) et les fenêtres. Le taux de criminalité est très élevé. Alors, je dois avouer avoir eu certaines difficultés à m’endormir lors de mes premiers jours dans ce nouveau pays.

Il y a beaucoup de différence entre le genre féminin et le genre masculin dans ce pays d’Afrique. En effet, là-bas, après 21h, il n’est pas conseillé de se promener seul si on est une fille et encore moins quand le soleil est couché. Ma mère d’accueil, elle-même, ne le faisait pas.

Je me souviendrais toujours de la fois où on est sorti au pub qui est à 10 ou 15 minutes de marche de notre maison, et qu’il a fallu que nos amis, qui étaient des garçons, viennent nous reconduire à pied ma colloque de chambre et moi parce que ce n’était pas sécuritaire de se promener dans les ruelles. Aussi, il y a eu le souper en famille où les garçons ont eu le droit à une deuxième portion de nourriture, alors que les filles non. On remarque par de petits gestes du quotidien que les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes privilèges.

Aussi, à proche de Muizenberg, où j’habitais, ce n’était pas rare de voir des vols à mains armées dans les wagons de train ou aux feux de circulations. Il fallait toujours jeter un petit coup d’œil derrière soi.

L’atmosphère est très tendue, surtout pour un étranger.  J’avais l’impression de ressortir du décor, de ne pas avoir ma place. J’avais l’impression qu’on me regardait et qu’on me jugeait en tant que voyageuse parce que je profitais d’un pays où l’argent manquait. Cette impression était probablement due au fait que j’étais confrontée à une réalité différente de celle que je connaissais à Montréal. J’étais donc inconfortable face cette situation.

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C’étaient la différence et l’inconnu qui me faisaient peur. Cette peur m’empêchait d’aller explorer la ville, mais je me suis vite rendue compte que même si cette peur était légitime), je ne voulais pas arrêter de profiter de mon voyage à cause de ça.

Plus les jours ont passé et plus j’ai appris à respecter ces différences, même si par moment, elles m’ont choquée. J’ai essayé de comprendre l’histoire et la culture, et d’arrêter de la comparer à celle du Québec. En faisant cela, j’ai pu m’immerger complètement dans l’expérience sud-africaine. En sortant de cette expérience, j’ai retenu que la famille est une valeur très importante pour les Sud-Africains. Effectivement, si vous êtes ouverts d’esprit, ils vous accueilleront comme un membre de leur famille et c’est là que le voyage devient authentique.

Source de l’image: Tiffany Nasavan

 

C’est correct d’avoir peur, mais ce n’est pas correct de rester ignorant.

Bon voyage !