J’ai changé d’idée 56 fois avant de partir.

Je planifiais un voyage de six semaines en Inde avec une amie.  Jusque-là, ça va. Partir avec quelqu’un qu’on connaît depuis le secondaire, c’est un peu comme amener sa zone de confort à ses côtés.  Sauf qu’après six semaines, Audrey devait retourner à Montréal.  Après, faute d’amis avec autant de temps libre que moi, j’ai continué mon voyage en solo pendant six mois.

J’étais parfois confiante.  Je lisais des blogues qui me disaient que j’avais raison de l’être. Puis, j’étais angoissée. Les oncles, les tantes, ma mère et mon père me disaient que j’avais raison de l’être également.  En effet, deux mois après être revenue, ma mère m’assure avoir encore des palpitations cardiaques à propos de mon trek au Népal.

Puis, je suis partie.  Parce qu’il fallait que je parte, parce que j’avais la chance de le faire.  Surtout que voyager seule en Inde me faisait quand même infiniment moins peur que la perspective d’être une bachelière en création littéraire à la recherche d’un emploi à Montréal.

J’avais fait le plein de bons conseils:

«Porte une bague de mariage.»

«Si on t’aborde, dis que tu attends ton frère.»

«T’as juste à ne jamais avoir l’air perdue!»

J’aimerais ça voir la personne qui réussit à ne pas avoir l’air perdue en débarquant à Delhi, mais passons…

En fait, il n’y a aucun conseil qui puisse me préparer à me retrouver seule dans une ville où je ne connais personne et ce, que ce soit à Mumbai, New York ou Saint-Georges-de-Beauce.

À mon premier matin seule, je me suis réveillée à l’aube pour observer le lever du soleil sur le Gange. (Ouain, ce n’était pas pire comme vue)  Le vertige m’a pris. C’était comme recommencer à zéro. C’était le même sentiment que mon premier matin à Mumbai, où mes six mois de voyage se dressaient devant moi en me tirant la langue : «Niaiseuse, tu fais comment maintenant?».

Un matin sur le Gange Inde

Source de l’image: Brigitte Voisard

Toutefois, c’est aussi le moment où, en me demandant ce que j’allais faire de ma journée, j’ai eu le privilège ô combien rare de me répondre: «Whatever I want!»

Ça peut sembler minime, mais pensez-y un peu.  C’est vraiment très rare.

Rendue-là, la question de le faire un voyage en solo en tant que fille ne se pose plus vraiment.  Non, on ne va pas se le cacher, dans certaines parties du monde c’est plus facile quand on est du sexe masculin.

En jasant avec d’autres voyageuses, on se rend compte qu’on a toutes développé une vision tunnel pour éviter les regards trop perçants.  On apprend toutes à ignorer les commentaires désobligeants.  On apprend à le dire haut et fort quand on est confronté à des mains baladeuses dans un autobus bondé.  On a toutes eu peur, une ou dix fois, un peu ou beaucoup.  Cependant, malgré les incidents malheureux, je n’ai rencontré personne qui ne serait pas prêt à dire que l’expérience du voyage solo en n’a pas value la peine.

Je suis maintenant bachelière en création littéraire en recherche d’un emploi à Montréal.  Néanmoins, j’ai appris que lorsqu’une expérience nous fait peur,  c’est peut-être qu’elle vaut vraiment la peine d’être vécue.