Pour ces amitiés qui n’ont duré que quelques jours, parfois des semaines, mais qui dans notre cœur, durent plus qu’un simple voyage.

C’est une chose de partir avec sa bonne amie. C’en est une autre de s’en trouver un ou une en terre étrangère. Je trouve fantastique que l’on se permette un brin d’évasion avec une personne complètement inconnue et qui, entre deux bières, devient le recueil de nos petits secrets. De vrais livres ouverts. Et pourtant, c’est si honnête et légitime puisque le moment est choisi pour se sentir moins seul.

Pour ma part, je les ai rencontrés entre deux montagnes, parfois au sommet, d’autres fois à l’entour d’un feu, au camping, et sur l’autoroute…

Je me souviens parfaitement de Claudio le camionneur. Un Argentin à la fière bedaine de bière et à la moustache digne d’un anglais d’époque qui nous prit en bon samaritain à l’aube de sa journée. Nous n’avions pas l’habitude de demander quoi que ce soit à ceux qui nous sauvaient des kilomètres de marche, sauf peut-être les arrêts pipi. Je ne sollicitais rien, mais je ne me la fermais point. Me trouvant probablement divertissante, il me demanda ce que je désirais le plus à ce moment précis. Assurément, je répondis un hasado: LA grillade classique argentine. En deux temps trois mouvements, nous sommes stationnés devant le super marché et nous en ressortons avec  4Kg de viande. Je n’ai aucun souvenir de légume. Une générosité prise aux mots et qui s’est même étalée jusqu’à nous héberger dans son camion vidé la veille. Les matelas en place, il nous sauva 1000 km de route. Nous l’avons quitté en accolades, les yeux remplis de gratitude. Ce fut plus qu’un Samaritain, c’était un ami.

Je dois avouer avoir eu une chance inouïe de m’être connectée avec tous les groupes d’âges. Je ne me suis pas rendue au mourant, mais je me suis liée à l’enfance, évidemment. La petite Avril m’avait bien émue par sa manière imaginaire de se prendre pour un chat.

Nous revenions d’un long périple où les arrêts furent nombreux et l’idée de s’écraser nous devenait intéressante. La destination fut le camping de Salta, en Argentine (eh oui, encore ce pays).  Le luxe d’une douche chaude et d’un Wi-Fi gratuit tout en mangeant sur  une table à Pique-nique fut notre arrêt parfait, juste l’instant d’une recharge d’énergie. La petite vivait là avec sa maman dans leur petite tente, depuis déjà un an. Ce n’est guère la pitié, mais la curiosité de la voir si mature et curieuse qui me poussait à l’accueillir davantage dans nos activités. Âgée d’à peine six ans, elle nous aidait à récolter le bois, nous questionnait constamment sur notre voyage et rêvait d’un jour où elle pourrait enfin être grande. Elle disait «[…]être fatiguée de ces gens saouls qui, tous les soirs, l’empêchaient de dormir». Elle connaissait peu comme elle en savait beaucoup. Je ne me suis jamais liée avec sa maman, mais celle-ci m’appelait «l’amie d’Avril». Ce fut un beau compliment puisqu’effectivement je l’appréciais bien cette petite. Elle se contentait des jouets brisés qu’elle trouvait dans les poubelles comme les collants qui ne collent plus, la brouette sans roues, une poupée sans jambes, et j’en passe. Et, j’ai tellement rigolé avec elle. Avril possédait un sens de l’humour et une façon bien à elle de communiquer: en chat! Elle faisait le petit chaton indépendant qui miaulait pour s’exprimer. J’ai joué le jeu jusqu’au bout. Vers la fin de notre séjour, je lui ai annoncé mon départ imminent. Elle me regarda et sans rien dire, elle partit chercher des ciseaux. Elle coupa en deux un de ses bracelets qu’elle me tendit en me disant qu’il me rappellera celle-ci lorsque je m’ennuierai. Je dois vous avouer avoir ravalé mes larmes. Je porte toujours ce petit bracelet mauve fabriqué par sa maman qui les vend probablement pour ramasser des sous.

La vie m’étonnera toujours. Chaque rencontre me remplit de bonheur et d’aventure extraordinaires. Elles m’ont appris à rester moi-même et de toujours me permettre une ouverture à l’inconnu. Et ces coïncidences ne durent jamais longtemps, jamais assez.  Pourtant, elles restent gravées à jamais dans ma mémoire.

Si j’avais une bière en ce moment, je porterais un toast à toutes ces amitiés éphémères qui, sans le savoir, font partie de qui je suis aujourd’hui.

Et je leur dis merci.