Partir en roadtrip en Californie, tout le monde a déjà rêvé de cette aventure. Les plages, les Westfalia colorées, le surf, les promenades en vélo sur les boardwalks

Mais le rêve californien, c’est beaucoup plus que ça.

J’ai toujours rêvé d’aller à Yosemite : un immense parc avec une vallée encerclée par des montagnes aux parois rocheuses plus que verticales, un tantinet intimidantes. J’avais regardé quelques films de plein air qui se déroulaient dans la vallée et depuis, je n’avais qu’une obsession : aller y faire une randonnée digne de l’exploratrice en moi.

Source d'image: Audrey Aubertin

Source d’image: Audrey Aubertin

Tout au long de mon roadtrip californien, je n’avais rien planifié. Je suis comme ça : je me débrouille une fois arrivée à la destination même si cela implique que je doive dormir dans mon auto. Je suis entrée dans le parc par l’est, proche de la frontière du Nevada, et me rendre à l’autre bout du parc a été une promenade de trois heures dans une route sinueuse et dangereuse. Au moins, la vue était du bonbon pour les yeux.

Source de l'image: Audrey Aubertin

Source de l’image: Audrey Aubertin

Je voulais vraiment aller dans ce qu’ils nomment le wilderness et faire une expédition de quelques jours. Au poste d’information, il y avait beaucoup trop de possibilités de randonnées pour la petite aventurière que je suis. Après quelques survols de guides et une bonne étude de la carte du parc, j’ai décidé de partir de la vallée et de monter North Dome par le chemin Snow Creek pour ensuite redescendre par les chutes de Yosemite. Une randonnée de deux jours, 2300 mètres, pas pire pour une novice. Je suis alors allée chercher mon permis de randonnée (obligatoire pour partir dans l’état sauvage), ma boîte anti-ours (un contenant noir pour mettre ta nourriture d’expédition à l’abri des visiteurs), ma nourriture déshydratée, ma tente et quelques vêtements supplémentaires.

Source de l'image: http://www.seeyosemite.com/images/yosemite-national-park-map.gif

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Je planifiais mon expédition pour le lendemain. Je devais donc trouver un  endroit pour dormir cette nuit-là.

En plein milieu de l’été, oubliez l’idée de trouver une place de camping sans réservation : tout est complet. En discutant avec un étranger, il m’a parlé d’un campement pour « backpacker » au nord, directement au début de mon parcours.

En arrivant au site, il n’y avait pas de roulottes ni de touristes. Ça faisait différent de l’achalandage de la vallée. Les gens dormaient à cinq sur un de ces sites et, souvent, n’avaient même pas de tente : simplement un matelas et un sac de couchage.

J’ai mangé une canne de chili, jasé avec mon coloc de terrain et me suis couchée à 20 heures.

Grand départ à sept heures. On m’avait mentionné que le début était le plus difficile : des courbes (au moins 130 zig-zags) en plein soleil en compagnie de moustiques. À 11h30, j’avais terminé mon ascension en ne croisant qu’un seul autre randonneur qui, pour me rassurer, m’a dit qu’il y avait une communauté active d’ours noirs sur le plateau. Génial.

J’ai vite oublié l’histoire des ours en regardant autour de moi pour observer l’immensité de la nature qui m’entourait. J’étais vraiment seule et minuscule. Petit lunch au bord d’un ruisseau en compagnie de moi-même pour ensuite poursuivre ma marche jusqu’au sommet où je devais camper pour la nuit.

Source de l'image : Audrey Aubertin

Source de l’image : Audrey Aubertin

Je suis arrivée en haut du dôme du nord vers la fin de l’après-midi, juste à temps pour le coucher du soleil : le genre de moment parfait dans une vie qui est difficilement descriptible. La vue sur la vallée était incroyable, sans parler des couleurs sur les montagnes dont quelques-unes avaient le sommet enneigé.  J’ai mangé mes pâtes à la bolognaise déshydratées, étonnamment délicieuses, en regardant ce spectacle. Je serais restée là toute ma vie, à vivre de nourriture en canne et de couchers de soleil.

Source de l'image: Audrey Aubertin

Source de l’image: Audrey Aubertin

Le lendemain, je me suis réveillée en même temps que le soleil et j’ai entrepris ma descente. Vers huit heures, un deuxième compagnon m’a rendu visite : un gros ours noir arrêté au milieu du sentier me regardait bêtement. LA chose que je redoutais depuis le début.

J’ai commencé à faire le plus de bruit possible en tapant des mains et en chantant des chansons de camp. On aurait cru que j’avais été monitrice pendant 15 ans. J’aurais bien aimé inverser les rôles, et être l’ours à ce moment, pour voir la folle devant lui qui gesticulait. Évidemment, je lui ai fait peur et il est parti.

J’ai continué de chanter une bonne dizaine de minutes juste pour être sûre que « la bête » ne me suivait pas. Ma journée s’est bien terminée, même si mes jambes étaient en compote à force d’escalader des roches ici et là.

http://images.summitpost.org/original/516113.jpg

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En repensant à cette histoire d’ours, j’ai réalisé à quel point on craint une multitude de choses. On a peur de la pluie, des insectes, des ours, des chauves-souris, de la nuit, d’être seul. Pourtant, la chose la plus effrayante dans cette nature, c’est nous. C’est nous qui sommes les fous après tout. L’ours s’est sûrement arrêté pour tenter de comprendre le genre d’espèce que je pouvais être, et fut vite désintéressé puisque je n’étais qu’un simple petit être humain bloquant sa marche matinale.

Il est retourné à la recherche de petits fruits alors que moi, je me sauvais en courant. Le monde est drôlement fait, mais bien fait également.